La crise d'asthme aigue : la dépister, comment la traiter en urgence à domicile
La crise d'asthme aiguë est malheureusement encore possible car si l'asthme crée un retentissement dans la vie d'un asthmatique, le mauvais équilibre de l'asthme n'est pas toujours bien perçu. La lecture de ces quelques statistiques vous montrera que la crise d'asthme aiguë peut survenir chez tout asthmatique.
Importance de l'asthme
Elle concerne 10 à 18 % des adolescents et environ 5 % des adultes. Malheureusement, l'asthme est responsable d'environ 2 000 décès par an en France.
En Europe:
- 30 millions de personnes souffrent d'asthme,
- 1,5 millions craignent de mourir d'une crise d'asthme,
- 6 millions présentent des symptômes sévères,
- une personne décède toutes les heures d'une crise d'asthme.
Retentissement
L'asthme est une maladie si fréquente et qui semble si peu grave qu’elle est souvent négligée. Le retentissement de l'asthme est pourtant bien décrit par ceux qui en souffrent :
- 73 % se plaignent d'une réduction de l'activité physique,
- 50 % considèrent que cela limite leurs loisirs,
- 40 % ont un retentissement de leur asthme sur le plan socioprofessionnel.
Perception de l'asthme
L'asthme est une maladie trompeuse car à la lumière de plusieurs enquêtes menées auprès de patients asthmatiques, il est clairement établi que lorsqu'on demande à un patient s'il pense que son asthme est bien contrôlé :
- 73 % disent avoir un asthme équilibré,
- 28 % seulement, après les tests de contrôle, ont un asthme contrôlé,
- 89 % ont des exacerbations d'asthme;
On définit une exacerbation d'asthme comme un accroissement, sur plus de 24 heures, de manifestations asthmatiques malgré une majoration du traitement. Les causes en sont plus souvent les infections virales ou une exposition allergénique. Les exacerbations sont plus fréquentes chez les patients mal contrôlés mais se rencontrent chez 6 % des patients bien contrôlés. Ces exacerbations surviennent environ 12 fois par an et sont qualifiés de sévère dans 27 % des cas.
Si l'on s'intéresse à l'état clinique et au suivi des personnes hospitalisées pour asthme grave, on constate que :
- 25 % ont un état clinique pouvant engendrer un décès,
- 50 % présentent des signes d'exacerbation sévère,
- 25 % ont une crise modérée,
- 30 % n'avaient aucun suivi pour leur asthme.
Observance et adaptation du traitement
Étant donné qu’une personne asthmatique n’arrive pas toujours à déterminer si son asthme est contrôlé, il est fréquent d'observer des traitements de l'asthme plus ou moins bien suivi par rapport aux prescriptions.
En période d'asthme stable
- 54 % suivent les prescriptions,
- 11 % augmentent les doses,
- 35 % les diminuent.
En période de crise
- 29 % seulement des patients augmentent leur traitement,
- 15 % diminuent leurs prises,
- 52 % ne modifient pas leur traitement,
- 25 % seulement pensent à faire appel aux services d'urgence
Enfin dans les cinq jours qui précèdent la crise d'asthme, les bronchodilatateurs sont quatre fois plus consommés alors que les corticoïdes inhalés ne sont augmentés que deux fois. Les corticoïdes sont la molécule essentielle pour traiter l’asthme et prévenir ses récidives. Rappelons que la mise sous corticoïdes inhalés diminue de 80 % la fréquence des hospitalisations.
En conclusion l'ensemble de ces chiffres montre bien que l'asthme est une maladie fréquente mal évaluée et mal contrôlée. Il est donc primordial de donner les moyens de mieux évaluer l'état de son asthme afin d'éviter crise et exacerbation d'asthme.
Différence entre asthme contrôlé ou mal équilibré. Rappelons tout d'abord qu'un asthme bien contrôlé est un asthme silencieux. Un certain nombre de critères permettent de vérifier que l'asthme est contrôlé et stable :
- le débit expiratoire de pointe reste stable,
- il n'y a pas d'exacerbation, pas de symptômes d'asthme durant la nuit ni de limitation des activités durant la journée,
- au maximum on peut rencontrer deux fois par semaine des symptômes mineurs d'asthme,
- enfin, les bronchodilatateurs d'action rapide ne sont pas utilisés plus de deux fois par semaine.
A contrario, l'asthme est partiellement contrôlé si l’asthmatique constate sur une semaine un ou deux des critères listés ci-dessous et l'asthme est dit mal contrôlé si trois critères sont présents sur une semaine :
- Consommation plus de deux fois par semaine de bronchodilatateurs d'action rapide,
- présence plus de deux fois par semaine de symptômes d'asthme durant la journée,
- limitation même modérée d'une activité physique,
- présence de signes d'asthme durant la nuit,
- modification du débit expiratoire de pointe avec une baisse de plus de 20 % par rapport à la meilleure valeur connue de la journée.
Un des éléments de surveillance de l’asthme est la mesure du débit expiratoire de pointe. La décroissance progressive du débit de pointe ou des variations de plus en plus rapprochées avec des différences de plus en plus grande entre les taux maxima et minima doivent alerter et amener à renforcer son traitement comme votre médecin ou pneumologue vous l’a indiqué.
Facteurs favorisant un asthme aigu
Chez une personne mal contrôlée sur le plan asthmatique, il est intéressant de repérer les circonstances ainsi que des facteurs favorisant à la survenue d'un asthme aigu grave. Ces facteurs sont liés :
soit à l'asthme
- c'est particulièrement le cas s'il s'agit d'un asthme instable avec une consommation trop importante de bronchodilatateurs à courte durée d'action. Une consommation de broncho-dilatateurs d’action rapide supérieure à trois fois par semaine signe un asthme mal contrôlé,
- s'il y a des antécédents d'hospitalisation en réanimation, d'épisodes d'asthme aigu grave
- s'il existe un sevrage récent en corticoïdes par voie orale,
- si l'on constate une augmentation de la fréquence et de la gravité des crises d'asthme,
- si les traitements utilisés sont de moins en moins efficace.
Soit au terrain
- le risque d'asthme grave et plus important s'il s'agit d'un jeune enfant de moins de quatre ans ou d'un adolescent,
- en cas d'allergies multiples,
- si l'obstruction bronchique est mal perçue par le patient,
- si le patient présente des troubles sociaux ou psychologiques,
- si le patient n'accepte pas son état asthmatique ou n'observe pas son traitement.
Soit à la présence de facteurs déclenchants particuliers tels que :
- certains aliments,
- administration d'une anesthésie,
- existence d'un stress,
- sensibilisation à une moisissure Alternaria ou à des trophallergènes,
- présents un virus chez une personne atopique,
- sensibilisation par des facteurs agressifs comme le tabac.
En présence d'une crise, il est urgent de rechercher les signes de gravité afin d'adapter le traitement. Les signes cliniques qui doivent alerter et faire penser à une crise d'asthme sévère sont variables :
- un essoufflement ressenti comme différent et plus sévère que d'habitude,
- une difficulté plus importante à parler ou à tousser,
- l'accélération du rythme respiratoire avec plus de 30 inspirations par minute chez l'adulte et 40 à 50 inspirations chez l'enfant de un à six ans,
- l'augmentation de la gêne respiratoire en position allongée,
- une agitation plus importante voire un délire,
- l'apparition de sueurs, d'une coloration violette des téguments.
- une diminution de moitié de la valeur habituelle du débit expiratoire de pointe. Un débit expiratoire de pointe inférieur à 150 l/mn ou inférieur à 30 % de la valeur normale usuelle du patient impose une hospitalisation.
L'examen retrouverait peu de signes à l'auscultation tant le spasme bronchique est important. Rappelons que sueurs, agitations et silence (disparition des sifflements) sont des signes de gravité.
Actions à mener
Il ne faut attendre d'autres signes plus marqués comme l'épuisement respiratoire, les troubles de la conscience puis l'arrêt cardiaque, pour prévenir les secours d'urgence et mettre en œuvre, dès les premiers signes, l'administration de bronchodilatateurs de courte durée d'action. La plupart sont constitués de salbutamol et délivre environ 100 µg par dose que ce soit sous forme de spray ou sous forme de poudre sèche. L'administration, du fait de la faible capacité d'inspiration lors des crises d'asthme sévères, peut être facilitée par l'utilisation de salbutamol sous forme d'aérosol doseur couplé à une chambre d'inhalation. Actuellement, il est recommandé d'administrer chez l'enfant 50 µg par kilo et par prise de bronchodilatateurs (50 µg correspond à une demi dose). Il faut donc diviser le poids de l'enfant par deux pour obtenir le nombre de bouffées à administrer à chaque fois.
Cela va pratiquement de 4 à 15 bouffées d'équivalent de salbutamol à répéter toutes les 10 à 15 mn jusqu'à amélioration pour un enfant. Chez l'adulte, le nombre de bouffées varient entre 20 et 30 à chaque prise.
Si le malade est capable d'absorber des comprimés, il est utile de lui donner des corticoïdes à la dose de 1à 2 mg par kilo de poids afin de lutter contre l'inflammation.
- Cette administration doit être le plus précoce possible car l'action des corticoïdes ne sera efficace que 6 h après la prise.
- Néanmoins, on a constaté que le fait de donner des corticoïdes diminuait le taux des hospitalisations et la récidive dans les 7 à 10 jours suivants.
- La voie orale semble aussi efficace que la voie injectable.
- Enfin, il vaut mieux utiliser si possible de la méthylprednisolone (Medrol) car cette molécule possède une forte affinité pour le tissu pulmonaire et un fort pouvoir anti-inflammatoire.
L’adrénaline ne présente un intérêt que s’il s’agit d’une crise d’asthme dans un contexte bien particulier qu’est le choc anaphylactique par réaction allergique sévère.
Conclusion:
- L’asthme aigu sévère est un aspect de l’asthme qu’il faut savoir prévenir surtout si des facteurs de risques sont présents.
- Le débit expiratoire de pointe est un élément clé, quantifiable qui permet de prédire un déclin de la fonction respiratoire et peut annoncer une crise d’asthme sévère.
- Dans ce cas, la recherche de facteurs de gravité est essentielle, le déclenchement des secours d’urgence ne doit jamais tarder et l’administration de corticoïdes et de fortes doses de salbutamol en aérosol doseur couplé à une chambre d’inhalation doit être débutée avant l’arrivée des secours d’urgence.
- Le fait d’avoir une crise résolue avec ou sans hospitalisation nécessite de réévaluer son asthme et de revoir son traitement de fond.
- Les bronchodilatateurs de courte durée d'action sont indispensables pour traiter une crise d'asthme.
Sources : CRESTANI B, DUSSER D, DEVILLIER Ph, SOMME G . Asthme : parce que chaque patient est unique, comment optimiser la prise en charge en médecine générale. Journées nationale de médecine générale Paris 2008. - MARGUET C. Prise en charge de la crise d’asthme de l’enfant (nourrisson inclus). Rev Mal Respir 2007 ; 24 : 427-39. - JAFFRELOT M. Prise en charge d'une crise d'asthme. Médecine thérapeutique 2006, vol. 12, no5-6, 364-366. - PAGANIN F et col. Asthme aigu grave: appréciation et prise en charge



